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Chapitre A (Automne) Vendredi 28 otobre 2005

Vendredi 28 octobre 2005 (Elle)

Une surprise m'attendait mercredi matin à la faculté. La secrétaire du département était fière de m'apporter un énorme bouquet de roses rouges entre deux cours magistraux à l'amphithéâtre. Le bouquet était évidemment accompagné d'une carte signée avec des doux mots signés d'une simple lettre P. Tous les étudiants qui sortaient ou qui entraient n'avaient d'yeux que pour mes fleurs qui embaumaient toute la salle. Je me sentais à la fois heureuse et gênée par cette démonstration visible de ma relation avec Philippe. En recevant ce cadeau, j'exhibais explicitement ma vie privée et intime aux autres. J'avais quelques difficultés à me concentrer et surtout attirer l'attention de mes étudiants qui devaient sûrement s'imaginer des histoires à dormir debout sur mon compte. Mais je m'en fichais totalement de ce qu'ils pouvaient en penser car j'étais heureuse.

C'était donc avec ces fleurs dans les bras que j'ai retrouvé ma mère au Sélect pour le déjeuner. Il n'était guère possible de lui cacher plus longtemps l'existence de Philippe, mon amoureux. Néanmoins, je ne suis pas entrée dans les détails précis et croustillants. Je lui ai annoncé qu'il y avait quelqu'un depuis peu dans ma vie et qu'il aimait m'envoyer des fleurs pendant que d'autres amoureux préféraient envoyer à leurs amoureuses des mails ou passer des coups de fils intempestifs. Ma mère était bien curieuse mais n'a pas réellement osé me demander l'exclusivité du scoop ! Par ailleurs, elle avait envie de m'entretenir au sujet du fils de François, Stanislas de son petit nom. Elle m'a raconté leur déjeuner à quatre de dimanche dernier. Ce futur beau-frère était venu avec sa petite amie délicieuse selon les critères de ma mère. Je l'ai soupçonnée de ne pas être totalement objective d'une part parce qu'elle a très envie de mettre ce fils dans sa poche et d'autre part visiblement cette petite amie partage la folle passion de ma mère, la littérature russe. Elle m'a rappelé le dîner prévu avec François et Stanislas samedi soir dans un restaurant. Alors seulement elle s'est inquiétée de moi et de mon long silence ces derniers jours. Elle m'a trouvé une petite mine et un brin fatiguée. Elle jouait à la maman et ce rôle lui allait comme un gant. J'en ai profité pour me faire plaindre un peu et me faire dorloter beaucoup. Nous avons fini par l'habituelle séance des différents catalogues de robes de mariée. Ma mère ne s'est pas encore décidée sur le modèle et je suis sensée l'aider dans cette tâche. C'est le monde à l'envers chez nous, en effet c'est la fille qui accompagne sa mère dans ses préparatifs de mariage.

J'ai appelé Philippe et lui ai laissé un message sur son répondeur pour le remercier. J'ai été déçue de ne pas pouvoir le lui dire de vive voix.

Hier matin, un coursier est venu apporté un paquet pour moi au bureau. Philippe m'a envoyé une boîte de mes friandises favorites, les macarons de Ladurée. Les secrétaires se sont émoussées à la vue du jeune coursier et espéraient que cette boîte pour elles-mêmes. Malheureusement pour elles, elle était pour moi. Un mot l'accompagnait et j'ai souri en le lisant. J'ai croqué un de mes péchés mignons avec le thé entre deux dossiers. J'ai laissé encore un message son répondeur pour le remercier de son attention. Dans l'après-midi, un coup de fil sa part m'a invitée pour un dîner en amoureux dans son appartement. Donc en sortant de mon bureau, je me suis précipitée chez Philippe. Nos retrouvailles se sont déroulées comme dans un rêve. Dès que la porte de son appartement s'est ouverte, nous nous sommes jetés dans les bras de l'un et de l'autre et très vite nos bouches se sont cherchées. Il m'a déshabillée fougueusement. Je me suis laissée faire attentive aux moindres de ses gestes en contrôlant ma respiration. J'ai fermé les yeux par gêne et par honte. Je sentais ses mains habiles sur tout mon corps et son souffle sur chaque parcelle de ma peau. De longs frissons ont parcouru tout mon corps. Ce corps auquel je ne donnais jamais de caresse ou d'attention. Il m'a soulevée et m'a déposée délicatement tout en m'embrassant sur son lit. Tout en me regardant, il s'est déshabillé rapidement. J'étais en admiration devant ce corps si bien sculpté et si puissant. Après avoir fait l'amour, nous nous sommes endormis enlacés l'un contre l'autre. J'ai trouvé non sans mal une place pour ma tête sur son épaule droite, mon bras droit sur son torse et ma jambe droite sur ses deux jambes. C'était comme si nos corps s'étaient toujours emboîtées ainsi.

Ce matin, un nouveau paquet est arrivé sur mon bureau. Une fois que j'ai enlevé le papier cadeau qui l'entourait, j'y ai trouvé une magnifique paire de boucles d'oreilles en diamant. Je les ai longuement observées. Je les ai mises tout de suite et me suis admirée sur le miroir des toilettes. Elles étaient magnifiques mais soudain ce cadeau me mettait mal à l'aise. Sans aucun doute parce que je ne suis pas habituée à en mettre. Je me suis amusée à regarder mon reflet dans ce miroir. En quoi suis-je différente d'hier? Suis-je une femme épanouie et comblée à présent ?

Ce soir, j'ai retrouvé les autres folles au China Club. Nous avons parfois envie d'un lieu avec une ambiance tamisée et feutrée pour nos conversations intimes. Sophie nous a réunies pour une annonce. C'est autour d'un sex on the beach que nous avons appris la dernière vacherie de son ex. Il allait avoir un enfant avec sa midinette. Sophie nous a assurées que cette nouvelle ne l'atteignait pas et qu'à présent la page était tournée. Néanmoins nous l'avons sentie encore plus fragile et plus démunie devant le bonheur de son ex qui accordait à une autre tout ce qu'elle avait toujours eu envie. Elle a fumé cigarette sur cigarette tout en feignant un sourire qui sonnait faux. Un silence s'est installé durant quelques minutes que personne n'osait rompre. Nous avons bu toutes silencieusement nos cocktails tout en nous laissant bercer par la musique douceâtre d'ambiance du bar. Puis je leur ai annoncé l'inévitable mariage de ma mère et l'arrivée d'un beau-petit-frère d'une vingtaine d'années. Devant ma moue boudeuse, elles ont toutes ri. Nous sommes parties dans une discussion légère sur le fait d'avoir un petit frère de cet âge avec qui on n'a aucun lien de sang. je l'imagine assez bien, air très prétentieux avec une certaine assurance que lui confère son jeune âge. Un jeune comme la plupart de mes étudiants en jean et converses n'ayant en tête qu'une seule idée: s'amuser. Le dîner de demain soir s'annonce mythique ou catastrophique. Pourvu qu'il ne me trouve pas trop ringarde et vieille peau de vache.


Vendredi 28 octobre 2005 (Lui)

Mercredi, j'ai passé un peu de temps avec Julie au Café de Flore. L'annonce de sa grossesse m'a surpris mais m'a aussi intrigué car Julie était toujours hostile à l'idée d'avoir des enfants ou de se marier. Elle est une vraie fille moderne préférant la frivolité à une vie rangée et conventionnelle. Nous nous sommes retrouvés vers midi après nos cours respectifs. Moi, je sortais de la Sorbonne et elle de Paris V. Elle avait toujours sa mine réjouie et ses lunettes de soleil sur ses cheveux en guise de serre-tête. D'ailleurs elle m'a demandé de ne plus fumer devant elle car la fumée pouvait contaminer son bébé ! Ah les mères ! Elle n'a pas arrêté de me parler de sa grossesse, de ses nausées insupportables, des vêtements pour enfant, de la poussette, des échographies. J'ai eu l'impression qu'elle ne parlait plus du tout la même langue que moi. Un enfant pas encore né transforme totalement une femme futile en mère courage. Elle m'a néanmoins avoué que ce bébé n'était pas prévu au planning mais a tout de suite ajouté qu'elle était heureuse d'être enceinte. A vingt ans à peine, Julie allait vivre l'expérience la plus terrible et la plus fantastique pour une femme, celle de donner la vie. Je l'ai regardée sous toutes les coutures, son ventre était résolument plat. En jean avec ses petites ballerines, elle n'avait vraiment pas l'air enceinte et donnait encore moins l'image d'une future mère. Mon père a choisi ce moment pour me téléphoner et m'inviter à un dîner surprise samedi soir. Il ne voulait rien me dire sur la nature de la surprise. Décidément tout le monde a envie de me faire des surprises en ce moment. Je me demande qui sera à ce fameux dîner. Estelle et son petit ami Julien nous ont rejoints quelques instants plus tard et nous sommes allés finir la journée au Café News en sirotant quelques verres de mojito pendant que la future mère buvait des cocktails sans alcool.

Hier soir, Karine et moi sommes allés au cinéma Bercy pour le film "Match Point'' avec Scarlett Johansson. Le film nous a laissés perplexes et complètement déroutés. Nous avons passé le reste de la soirée à boire quelques verres de cocktails tout en refaisant le monde littéraire au Merle Moqueur. Malgré la foule bruyante et les nombreux garçons qui faisaient des avances à Karine, nous avons réussi à discuter ensemble. Nous avons vite délaissé la critique du film au profit de nos lectures respectives. Elle venait de finir "Le coeur est un chasseur solitaire'' de Carson McCullers et m'en a parlé comme d'un bijou d'exception. Karine m'a longuement décrit les différents personnages du roman et plus particulièrement de Mick, une petite fille passionnée de la musique et vivant comme un véritable garçon. Mick avait beaucoup marqué Karine par sa sensibilité à fleur de peau et son côté garçon manqué. Je lui ai promis de le lire un jour. En sortant du café, nous avons décidé de marcher jusqu'à Saint Michel pour profiter de la douceur de la nuit. Arrivés sur le Pont des Arts, elle a éclaté en sanglot sans explication et m'a demandé pardon. Je ne comprenais pas ce brusque changement. Elle était effondrée et nous avons dû nous asseoir sur un banc. Elle ne semblait pas jouer un rôle et semblait complètement paumée. Elle m'a avoué dans un flot de mots inaudibles qu'elle regrettait vraiment notre rupture et son comportement vis à vis de moi. Je n'osais rien dire et rien faire. Je me sentais bloqué dans cette situation qui m'aurait fait bondir de joie,il y a encore quelques mois mais à cet instant précis, mon coeur ne ressentait plus aucune once de haine ou de rancoeur envers elle. Surtout sur ce banc, alors qu'elle pleurait comme une madeleine. Elle m'a avoué ses sentiments et ne voulait pas me perdre. J'ai essayé de lui faire comprendre que je n'avais plus que l'amitié à lui offrir et qu'à présent, mon coeur appartenait à Constance. Que pouvais-je lui offrir de plus ? Karine pleurait de plus belle. Chez moi, Constance m'attendait devant la porte de mon appartement. Elle avait voulu me faire la surprise mais ne pensait pas que j'allais entrer si tard. Je lui ai tu ma soirée passée avec Karine car je n'avais aucune envie de lui expliquer la scène que je venais de subir. Les larmes de Karine m'ont ébranlé pour ne pas dire désolé. Après l'ouverture de la porte, elle s'est jetée littéralement sur moi et nous nous sommes déshabillés rapidement. Complètement excités, nous avons balancés nos habits aux quatre coins de la pièce. Au contact de son corps, je n'avais qu'une seule envie: lui faire l'amour. Elle s'est mise au dessus de moi et a commencé à lécher la peau de mon cou. Ses lèvres sont descendues sur tout mon torse et se sont attardées sur mon sexe. Des vagues de plaisir montaient en moi et je n'arrivais plus à me contrôler. Bilan: 9/10. Elle s'est endormie dans mes bras en ronflant et je l'ai longuement regardée dans la pénombre de la nuit. Elle avait un sourire magnifiquement craquant dans son sommeil. Je pouvais y lire toute la douceur et la sérénité dont j'avais besoin.

Ce matin, sans ouvrir mes yeux, je l'ai cherchée avec certitude dans le lit avec mes mains. Mais je ne l'ai pas trouvée. Elle était déjà debout à s'affairer dans la cuisine d'où sortait une bonne odeur de café chaud. Elle était en train de me préparer un vrai petit-déjeuner. Elle est vraiment adorable, cette fille. Arrivé dans son dos, je l'ai soulevée pour l'embrasser à pleine bouche. Elle a hurlé de surprise et nous avons ri comme deux fous coincés entre le frigo et la table de la cuisine. Une réelle complicité nous unissait sans que je puisse en expliquer la raison. Elle m'a caressée pendant que je dégustais les belles tartines beurrées qu'elle m'avait préparées. C'est avec regret que nous nous sommes quittés sur le quai du métro. Elle m'a fait un coeur sur la vitre et m'a envoyé un baiser avec sa main alors que le métro partait. La matinée s'est passée rapidement entre les cours et les Td. Je n'ai pas eu un moment d'ennui ou d'inactivité. Tim et Benji faisaient les imbéciles au fond de l'amphi pendant que Vanessa continuait à envoyer et à recevoir des sms pendant les cours. En somme, la vie quotidienne des étudiants insouciants. Mon père vient de m'envoyer un mail pour me rappeler du dîner surprise de demain soir au restaurant "le Jules Verne''. Il me demande de l'y retrouver pour 20 h. 30 en tenue plus que correcte donc exit les converses et le jean de la semaine. Je me demande quelle est sa surprise si secrète. Ce n'est pourtant pas encore mon anniversaire. Je m'attends à tout de sa part. Pourquoi pas l'annonce d'un nouveau membre dans cette future famille recomposée ? Je ne sais même pas si Léa a des enfants. Je souris à l'idée qu'ils puissent m'annoncer une éventuelle grossesse de ma future belle-mère. Après tout, ils n'ont pas encore dépassé la cinquantaine et donc peuvent encore avoir des enfants s'ils le souhaitent. La curiosité me gagne et me démange. Quelle est cette surprise ?